Sur un chantier de plusieurs semaines, attendre la fin des travaux pour facturer revient à financer le client sur sa propre trésorerie. La situation de travaux règle ce problème : elle facture, à intervalles réguliers, la part des travaux réellement exécutée. Bien construite, elle se fait valider vite et se paie sans discussion. Mal construite, elle bloque au bureau du maître d’œuvre et repousse l’encaissement d’un mois.
Quand utiliser une situation de travaux ?
La situation s’impose dès que le chantier dépasse quelques semaines ou que le montant justifie des paiements intermédiaires. Elle se distingue de deux autres documents avec lesquels on la confond souvent :
- La facture d’acompte est émise avant ou au démarrage des travaux, sur une somme forfaitaire prévue au devis, sans lien avec un avancement mesuré.
- La facture de solde ou décompte définitif clôture le marché après la réception, en reprenant l’ensemble des sommes déjà facturées.
La situation, elle, se fonde sur un constat : ce qui a été fait depuis la dernière fois. Le rythme le plus courant est mensuel, mais le marché peut prévoir des situations par phase ou par lot.
En marché public, le mécanisme existe sous le nom de projet de décompte mensuel. L’entreprise le transmet au maître d’œuvre, qui établit le décompte servant de base à l’acompte versé par l’acheteur.
Modèle de devis bâtiment
Le devis détaillé sert de base au tableau d'avancement de chaque situation.
Word — Téléchargement gratuitCe qu’il faut préparer avant de la rédiger
Une situation solide repose sur un devis ou un marché détaillé poste par poste. Si votre devis tient en trois lignes, la situation sera contestable, car personne ne peut mesurer 40 % d’un forfait global. Reprenez la décomposition du prix du devis et ajoutez, le cas échéant, les avenants signés.
Rassemblez ensuite :
- le planning et le relevé d’avancement du conducteur de travaux ;
- les avenants et travaux supplémentaires acceptés par écrit ;
- les conditions de paiement du marché : périodicité, délai, retenue de garantie, révision de prix ;
- le récapitulatif des situations précédentes et des acomptes déjà encaissés.
Le point le plus utile est un constat d’avancement contradictoire. Faire le tour du chantier avec le client ou le maître d’œuvre avant d’envoyer la situation évite de la recevoir en retour avec des pourcentages barrés.
Remplir le tableau d’avancement
Le cœur de la situation est un tableau reprenant chaque poste du marché. Pour chacun, indiquez :
- le montant prévu au marché ;
- le pourcentage d’avancement cumulé à la date de la situation ;
- le montant cumulé correspondant ;
- le montant déjà facturé par les situations précédentes ;
- le montant de la période, différence entre les deux lignes précédentes.
Le raisonnement en cumul est ce qui protège l’entreprise. Une erreur sur la situation n° 2 se corrige naturellement dans la situation n° 3, sans avoir à émettre un avoir. Un tableau qui ne raisonne qu’en montant de la période, sans cumul, finit toujours par diverger du marché.
Les travaux supplémentaires apparaissent sur des lignes distinctes, avec la référence de l’avenant ou du bon de commande signé. Un travail commandé oralement et facturé dans une situation est le premier motif de refus de paiement.
Si le marché prévoit une révision ou une actualisation de prix, calculez-la sur une ligne dédiée avec la formule et les indices utilisés. Si rien n’est prévu, ne l’ajoutez pas.
Du sous-total au net à payer
Une fois le montant de la période établi, la partie basse de la situation enchaîne dans cet ordre :
| Ligne | Ce qu’il faut vérifier |
|---|---|
| montant HT de la période | somme des lignes du tableau, avenants compris |
| TVA | taux applicable au chantier, ventilé si plusieurs taux |
| montant TTC | base de calcul habituelle de la retenue de garantie |
| retenue de garantie | uniquement si le marché la prévoit, au plus 5 % |
| acomptes déjà versés à déduire | seulement ceux qui n’ont pas déjà été déduits sur une situation précédente |
| net à payer | montant clair, date d’échéance et mode de règlement |
La retenue de garantie ne réduit pas la base de TVA : la taxe est due sur la totalité des travaux, sa perception sur la part retenue intervenant simplement plus tard. Le fonctionnement complet est détaillé dans notre guide sur la retenue de garantie de 5 %.
Sur un marché en sous-traitance entre professionnels, la situation est établie hors taxe avec la mention d’autoliquidation, sans ligne de TVA. Voir le guide dédié à l’autoliquidation de la TVA en sous-traitance.
Une situation est une facture à part entière
Ce point est souvent négligé : une situation de travaux n’est pas un document d’étape informel. C’est une facture, avec un numéro qui s’insère dans la séquence chronologique de l’entreprise et toutes les mentions obligatoires : identité et adresse des deux parties, numéro SIREN, numéro de TVA intracommunautaire, date, désignation précise, montants HT et TTC, taux de TVA, date d’échéance, taux des pénalités de retard et, entre professionnels, indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €.
Indiquez en en-tête « Situation n° X » avec la période couverte et la référence du marché. Intitulez le solde final « facture de solde » ou « décompte définitif » pour éviter toute ambiguïté sur la fin du marché.
Côté TVA, les travaux immobiliers relèvent du régime des prestations de services : la taxe est exigible à l’encaissement, sauf option pour les débits. La situation émise mais non payée ne génère donc pas de TVA à reverser tant que le client n’a pas réglé.
Faire valider et encaisser
Quand un maître d’œuvre intervient, adressez-lui la situation avant le client. Son visa conditionne le paiement, et un document validé circule beaucoup plus vite qu’un document contesté. Convenez d’une date fixe d’envoi chaque mois : les situations reçues à date régulière sont traitées dans le lot de paiement suivant.
Entre professionnels, le délai de paiement est de 30 jours après l’exécution de la prestation, sauf clause contraire, avec un plafond de 60 jours à compter de la date de facture. En marché public, le délai de paiement de droit commun est de 30 jours.
Si la situation reste impayée, la méthode de relance est décrite dans notre guide facture impayée dans le BTP.
Erreurs fréquentes
- Facturer des pourcentages que personne n’a constatés sur place.
- Oublier de déduire les situations précédentes, ce qui fait apparaître un double paiement.
- Mélanger acompte forfaitaire et avancement sur la même ligne.
- Inclure des travaux supplémentaires sans avenant signé.
- Appliquer la retenue de garantie alors que le marché ne la prévoit pas, ou l’oublier alors qu’elle y figure.
- Numéroter les situations hors de la séquence de facturation de l’entreprise.
Contrôle final avant envoi
- Le cumul facturé après cette situation correspond-il à l’avancement réel du chantier ?
- Chaque ligne supplémentaire renvoie-t-elle à un avenant signé ?
- Le taux de TVA et l’éventuelle mention d’autoliquidation sont-ils corrects ?
- La retenue de garantie et les acomptes déduits sont-ils cohérents avec les situations précédentes ?
- Le net à payer, l’échéance et le RIB sont-ils lisibles en un coup d’œil ?
Sources officielles
- Service Public Entreprendre — mentions obligatoires sur une facture
- Service Public Entreprendre — délais de paiement entre professionnels
- Code général des impôts, article 269 — exigibilité de la TVA
- Code de la commande publique — acomptes et décomptes en marché de travaux
Guide vérifié en septembre 2026. Les conditions particulières du marché, le CCAG applicable et l’intervention d’un maître d’œuvre peuvent modifier le circuit de validation et les délais.
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Écrit par KellyAssist Fondatrice de KellyAssist, 10+ ans d'expertise en gestion administrative BTP. Clermont-Ferrand & à distance.
