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Retenue de garantie de 5 % dans le BTP : règles, caution bancaire et restitution

KellyAssist KellyAssist Fondatrice · 10+ ans d'expertise BTP Publié le 6 min de lecture
Dirigeant d'entreprise de bâtiment relisant un décompte de travaux dans le bureau de chantier

Sur un marché de 80 000 € TTC, la retenue de garantie représente 4 000 € qui dorment pendant au moins un an. Multipliez par le nombre de chantiers en cours et vous obtenez souvent l’équivalent d’un mois de trésorerie immobilisé. Beaucoup d’entreprises la subissent sans la suivre, puis oublient de la réclamer. Ce guide explique ce que la loi permet réellement, comment éviter d’avancer l’argent et comment récupérer les sommes à l’échéance.

À quoi sert la retenue de garantie ?

La retenue de garantie protège le maître de l’ouvrage contre les défauts constatés à la réception ou pendant l’année qui suit. Elle sert à financer la reprise des réserves si l’entreprise ne s’en charge pas elle-même.

En marché privé, elle est encadrée par la loi du 16 juillet 1971. Trois règles en découlent :

  • elle n’existe que si le marché la prévoit expressément ;
  • elle ne peut pas dépasser 5 % du montant des travaux, acomptes compris ;
  • elle est calculée en pratique sur le montant TTC de chaque situation, selon les termes du contrat.

En marché public, le Code de la commande publique fixe le même plafond de 5 %, calculé sur le montant initial du marché augmenté des avenants. La clause figure dans le CCAP.

Une clause qui prévoit 10 % ou une retenue « jusqu’à la levée totale des réserves » sans limite de durée n’est pas conforme. Elle se conteste avant signature, pas au moment du solde.

Ce que le client doit faire de l’argent retenu

C’est le point que peu d’entreprises connaissent. En marché privé, le maître de l’ouvrage n’a pas le droit de conserver la retenue sur son propre compte. La loi impose que les sommes soient consignées auprès d’un tiers accepté par les deux parties, la Caisse des dépôts et consignations le plus souvent. À défaut d’accord, le consignataire est désigné par le président du tribunal.

Dans la réalité, la consignation est rarement pratiquée sur les petits marchés privés. L’entreprise se retrouve alors avec une créance sur un client dont elle ne connaît pas la santé financière un an plus tard. C’est précisément ce que la caution bancaire permet d’éviter.

Remplacer la retenue par une caution bancaire

L’entreprise peut, à tout moment, proposer une caution personnelle et solidaire délivrée par une banque ou un établissement financier agréé. Le maître de l’ouvrage ne peut pas la refuser en marché privé. En marché public, la retenue peut être remplacée par une garantie à première demande, ou par une caution personnelle et solidaire si l’acheteur l’accepte.

Concrètement, la caution est un engagement de la banque de payer à la place de l’entreprise si des réserves ne sont pas reprises. En échange, le client règle 100 % de chaque situation. La banque facture une commission annuelle calculée sur le montant garanti et peut demander une contre-garantie.

SolutionEffet sur la trésorerieCoûtRisque principal
retenue non consignée5 % immobilisés pendant un an ou plusaucun frais directdéfaillance ou mauvaise volonté du client
retenue consignée5 % immobilisés, mais sécurisésfrais de consignation limitésoubli de la demande de restitution
caution bancairepaiement intégral des situationscommission annuelleplafond de cautions disponible auprès de la banque

Pour une entreprise qui enchaîne les chantiers, la caution est presque toujours rentable dès que la retenue dépasse quelques milliers d’euros.

Facturer correctement la retenue

La retenue apparaît sur chaque situation, après le montant TTC, en déduction du net à payer. Elle ne modifie pas la base de TVA : la taxe est due sur la totalité des travaux. Comme les travaux immobiliers relèvent de la TVA à l’encaissement, la taxe correspondant à la part retenue est reversée au moment où cette part est effectivement payée.

Tenez un tableau de suivi par chantier avec, au minimum : le montant retenu à chaque situation, le cumul, la date de réception, la date d’échéance de restitution et les réserves encore ouvertes. La construction d’une situation est détaillée dans notre guide sur la situation de travaux.

Récupérer les sommes après la réception

La retenue devient exigible à l’expiration d’un délai d’un an à compter de la réception des travaux, avec ou sans réserves. Ce délai correspond à la garantie de parfait achèvement. Passé cette date, le maître de l’ouvrage ou le consignataire doit libérer les fonds, sauf s’il a notifié à l’entreprise, par lettre recommandée, une opposition motivée par des obligations non exécutées.

Deux conséquences pratiques :

  • La date de réception est la clé. Sans procès-verbal de réception, le point de départ du délai est contestable. Notre guide sur la réception des travaux explique comment l’obtenir.
  • Les réserves doivent être levées et documentées. Un procès-verbal de levée de réserves signé retire au client son motif d’opposition.

En marché public, la retenue est remboursée dans les 30 jours suivant l’expiration du délai de garantie, sous réserve que les réserves aient été levées.

Procédure de restitution en quatre étapes

  1. Un mois avant l’échéance, vérifiez que toutes les réserves sont levées et que le procès-verbal correspondant est signé.
  2. À l’échéance, adressez au client une demande écrite de restitution, avec copie du procès-verbal de réception, du décompte et du montant réclamé.
  3. Sans paiement sous 15 jours, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception rappelant le texte applicable et le montant dû.
  4. Sans réponse, engagez le recouvrement comme pour toute facture impayée : injonction de payer ou procédure simplifiée pour les petites créances.

Si une caution a été fournie, la démarche est la même, mais elle vise la mainlevée de la caution auprès de la banque : demandez au client une attestation de libération dès que le délai est expiré.

Erreurs fréquentes

  • Accepter une clause de retenue supérieure à 5 % ou sans durée définie.
  • Ne pas demander de procès-verbal de réception, ce qui laisse le délai d’un an sans point de départ.
  • Oublier la retenue dans le décompte définitif, puis ne jamais la réclamer.
  • Reverser la TVA sur la part retenue avant de l’avoir encaissée.
  • Confondre retenue de garantie et retenue pour malfaçons décidée unilatéralement par le client.

Contrôle final

  • Le marché prévoit-il bien la retenue, à 5 % maximum ?
  • Une caution bancaire serait-elle plus avantageuse pour ce chantier ?
  • Le tableau de suivi mentionne-t-il la date de réception et l’échéance de restitution ?
  • Les réserves sont-elles levées et le procès-verbal signé ?
  • La demande de restitution est-elle programmée dans l’agenda de l’entreprise ?

Sources officielles

Guide vérifié en septembre 2026. Les clauses du marché, le CCAG applicable et les conditions de votre banque pour la délivrance d’une caution restent à vérifier pour chaque opération.

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KellyAssist Écrit par KellyAssist Fondatrice de KellyAssist, 10+ ans d'expertise en gestion administrative BTP. Clermont-Ferrand & à distance.