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RGE simplifié : 5 actions à lancer pour être prêt en 2026
La CAPEB annonce une réforme qui peut enfin desserrer l’accès au RGE pour les petites entreprises : VAE sur trois chantiers audités conformes, attestation chantier pérennisée et audits allégés pour les petits volumes. Bonne nouvelle, oui. Mais le vrai tri se fera avant la publication de l’arrêté : entre les entreprises prêtes à prouver ce qu’elles savent faire, et celles qui improvisent encore.

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Le vrai sujet, ce n’est plus d’attendre la réforme
La CAPEB parle d’une « victoire majeure » : le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a annoncé la prochaine publication de l’arrêté qui met en œuvre la réforme du RGE. À ce stade, le texte n’est pas encore paru, mais les lignes avancées par la CAPEB sont claires — voie d’accès simplifiée via la VAE sur trois chantiers audités conformes, pérennisation de l’attestation chantier, allègement des audits pour les entreprises qui réalisent peu de chantiers.
La tension est facile à lire : 54 000 entreprises de travaux RGE pour un parc de près de 5 millions de passoires thermiques, rappelle la CAPEB. Le marché existe ; ce qui bloque, c’est l’accès.
Un dispositif simplifié ne rattrape pas une entreprise désorganisée. Ceux qui profiteront vraiment du RGE simplifié ne seront pas les plus gros, ce seront les plus prêts — chantiers présentables, dossiers complets, responsabilités claires en interne. Voici cinq chantiers à ouvrir sans attendre que l’arrêté sorte.
1. Formation : renforcer vos chantiers probants, pas collectionner des certificats
La réforme valorise davantage l’expérience terrain. Bonne nouvelle, mais elle ne remplace pas la capacité à montrer une exécution propre sur les travaux que le marché demande déjà.
Le contexte 2026 rappelé par Mon Jardin Ma Maison va dans le même sens : montée continue du photovoltaïque, électrification accrue des usages dans la trajectoire PPE3, pression réglementaire toujours soutenue sur la performance énergétique. Pour un chauffagiste, un électricien, un couvreur ou une entreprise de rénovation, les chantiers se combinent davantage, et les clients attendent une réponse plus cohérente qu’un seul geste isolé.
En pratique : cartographiez vos compétences utiles sur douze mois — isolation, chauffage, ventilation, solaire, régulation/pilotage — en notant ce que vous maîtrisez, ce qui manque, et ce qui peut être couvert par un partenaire. Puis choisissez une montée en compétence directement branchée sur vos futurs dossiers RGE. Si vous intervenez déjà en toiture, le solaire devient un prolongement évident ; si vous êtes en CVC, ventilation et régulation deviennent stratégiques à mesure que les rénovations se complexifient.
La compétence qui compte en rénovation énergétique n’est pas celle qui figure sur un certificat encadré dans le bureau. C’est celle qui se voit sur chantier et qui tient devant un auditeur.
2. Dossier chantier : l’actif le plus sous-estimé du lot
Probablement l’action la plus rentable, et de loin. Si la VAE RGE repose sur trois chantiers audités conformes, votre dossier chantier devient à la fois un actif de qualification et un argument commercial.
Le réflexe à installer : préparer chaque chantier comme s’il pouvait être audité demain matin. Pas uniquement pour « être en règle », mais pour gagner du temps, rassurer le client et éviter de reconstituer l’historique dans l’urgence trois mois plus tard.
Un dossier défendable contient une poignée de choses : devis et commande, visite technique, photos datées avant / pendant / après, références produits et fiches techniques, preuve de pose, réception et levée de réserves, pièces client. Si vos équipes travaillent encore entre WhatsApp, trois boîtes mail et des devis nommés « final_v2_bis », vous avez un problème avant même de parler d’audit.
Un test simple pour savoir où vous en êtes : prenez un chantier terminé la semaine dernière, demandez à votre assistante ou à un conducteur de sortir le dossier complet. S’il lui faut plus de cinq minutes, la trame n’est pas bonne. Le bon nombre d’images par chantier n’est pas cent, c’est dix — toujours prises aux mêmes moments.
Un chantier mal archivé coûte deux fois : une fois à sa réalisation, une deuxième fois quand il faut le justifier.
3. Partenariats : un noyau fiable plutôt qu’une offre globale bricolée
La rénovation énergétique pousse vers des réponses combinées. Batiactu résume bien le fond : l’efficacité énergétique passe par une combinaison de solutions adaptées. Le client n’achète pas vos silos métiers, il achète un résultat compréhensible.
Pour une TPE ou une PME, ça ne veut pas dire tout internaliser. Ça veut dire formaliser un noyau de partenaires fiables : couvreur et installateur photovoltaïque, chauffagiste et électricien, rénovateur et diagnostiqueur ou bureau d’étude réactif. Trois contacts sérieux par besoin critique suffisent — dix noms dans un carnet Excel ne servent à rien.
La pérennisation de l’attestation chantier annoncée par la CAPEB rend le partenariat encore plus utile : elle ouvre une porte pour des entreprises non-RGE qui veulent entrer progressivement sur des travaux aidés, via un dossier simplifié avec audit systématique.
Une bonne alliance se joue sur les zones grises. Qui fait la visite ? Qui remet les pièces techniques ? Qui parle des aides ? Qui porte la relation client ? Qui intervient sur les réserves ? Un accord écrit, même court, évite la co-traitance improvisée la veille du démarrage — celle qui finit en responsabilités floues et en litige.
4. Organisation interne : savoir qui fait quoi, vraiment
La CAPEB insiste sur un point décisif : la réforme ne tiendra ses promesses que si les procédures restent simples, lisibles, peu coûteuses — notamment sur les audits. Pour les entreprises réalisant moins de dix chantiers par an, c’est un seul audit sur quatre ans par famille de travaux et la suppression des domaines critiques qui sont annoncés. Un sacré allègement, mais pas une permission de fonctionner au hasard.
Côté entreprise, ça se traduit en quelque chose de très terre-à-terre : qui collecte les pièces, qui vérifie les photos, qui centralise les attestations, qui prépare le dossier si l’audit tombe. Une mini-matrice RACI sur une page suffit. Si tout finit chez le dirigeant à 22h30, l’organisation n’est pas prête.
Une seule arborescence de dossiers, un seul nommage de fichiers, une seule check-list de fin de chantier. Ce sont des détails jusqu’au jour où il faut sortir un dossier complet sous délai. Et un test à blanc, une fois par trimestre — prendre un chantier terminé, demander à quelqu’un de l’équipe de reconstituer le dossier complet sans aide — révèle en vingt minutes où sont les vraies failles.
Une petite entreprise bien rangée va plus vite qu’une grosse structure qui cherche ses PDF. La simplification réglementaire aide ; l’organisation fait gagner les marchés.
5. Offre commerciale : vendre un parcours clair, pas un équipement isolé
Un RGE simplifié ne vaut rien s’il ne se transforme pas en devis signés. L’offre commerciale doit donc redescendre au niveau du marché réel, pas au niveau du jargon technique interne.
La CAPEB rappelle l’ampleur du parc à rénover. En parallèle, Actu-Environnement relaie la position d’Équilibre des énergies en faveur d’un ciblage des logements les moins performants — les passoires thermiques restent la cible évidente, parce que c’est là que l’urgence économique et réglementaire est la plus forte. Mon Jardin Ma Maison rappelle aussi que le Décret Tertiaire continue son calendrier, avec remontée sur la plateforme OPERAT de l’ADEME pour les bâtiments concernés de plus de 1 000 m². Tous les artisans ne sont pas sur ce segment, mais la direction générale est partout la même : la rénovation énergétique devient une contrainte, plus un « plus ».
Concrètement, refaites votre trame de visite technique avec trois questions-clés — type de bâtiment, objectif principal, calendrier. Cela qualifie mieux qu’un long discours produit. Adaptez vos devis pour qu’ils parlent aussi usage, parcours et coordination, sans survendre ce que vous ne maîtrisez pas : type de travaux, interlocuteur, pièces remises, articulation avec les aides selon le cadre applicable.
Un devis qui empile des lignes techniques sans expliquer le bénéfice concret n’emporte pas la décision. La technique ouvre la porte, la clarté commerciale fait signer. Une offre lisible relie quatre choses : les travaux, les preuves, la coordination, la cible client.
Ce qui fera vraiment la différence
La réforme RGE annoncée par la CAPEB peut rouvrir l’accès à des chantiers aidés pour des entreprises qui en étaient exclues. Mais l’ouverture profitera d’abord à celles déjà capables de montrer un chantier propre, une équipe cadrée et une offre claire. Les autres auront juste un tamis plus large à traverser — sans régler ce qui les faisait trébucher avant.
✓ Ce qu il faut retenir
- • La réforme RGE annoncée par la CAPEB repose sur trois leviers : VAE sur trois chantiers audités conformes, attestation chantier pérennisée, audits allégés pour les petites entreprises.
- • L’arrêté de mise en œuvre n’est pas encore publié ; préparez l’entreprise sans attendre les textes définitifs.
- • La priorité opérationnelle est le dossier chantier : sans preuves de bonne exécution faciles à sortir, ni audit serein, ni accès fluide au marché.
- • Les partenariats entre métiers deviennent un levier concret pour répondre à des chantiers combinés sans tout internaliser.
- • Le vrai avantage concurrentiel tient à la capacité à transformer la simplification en process simples, chantiers présentables et devis plus clairs.
Sources et points a verifier
- La CAPEB indique que la France compte environ 54 000 entreprises de travaux RGE et près de 5 millions de passoires thermiques.
- Selon la CAPEB, la réforme annoncée du RGE repose sur une voie d’accès simplifiée via la VAE sur la base de trois chantiers audités conformes.
- La CAPEB annonce aussi la pérennisation de l’attestation chantier et un allègement des obligations d’audit pour les entreprises réalisant peu de chantiers.
- Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a annoncé la prochaine publication de l’arrêté mettant en œuvre la réforme du dispositif RGE.
- Mon Jardin Ma Maison indique qu’en 2026 le photovoltaïque continue à monter en force et rappelle le cadre du Décret Tertiaire, avec usage de la plateforme OPERAT de l’ADEME pour les bâtiments concernés de plus de 1 000 m².
- Batiactu souligne que l’amélioration de l’efficacité énergétique passe par une combinaison de solutions adaptées.
- Actu-Environnement relaie la position d’Équilibre des énergies en faveur d’un ciblage des logements les moins performants.



